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Ramener une lueur d’espoir aux miens, telle est ma mission. Il en va de mon devoir en tant que Cendrée, quoi qu’en disent les anciens.
“Tu es beaucoup trop jeune…”
“Laisse les autres Cendrés chercher la Pure Flamme…”
“Cette responsabilité n’aurait jamais dû t’incomber…”
“Le Phénix a dû faire une erreur en te marquant par les cendres…”
*Je ne pouvais leur donner entièrement tords.* Je n’aurais jamais dû être choisie par les flammes. Contrairement à mes semblables, je n’étais ni une guerrière, ni une héroïne. Les chansons ne racontaient pas mes exploits et je n’avais pas à maintes reprises combattu pour la sauvegarde de notre communauté. Je n’avais seulement été qu’au mauvais endroit au mauvais moment.
Hors, aucun des Cendrés ayant été envoyé pour trouver la Pure Flamme n’avait mené à bien sa mission. Quelques-uns étaient bien revenus, bredouille, mais la plupart semblaient avoir simplement disparu au cours de leur quête.
S’il y a huit ans, nous étions près d’une centaine de Cendrés, nous n’étions maintenant plus qu’une vingtaine toujours en vie, portant en notre sein l’essence du Phénix. Certains d’entre nous avaient péris, d’autres avaient vu s’éteindre leur flamme. Nous le savions au plus profond de notre être, lorsque le dernier d’entre nous perdra sa flamme, notre gardien éternel s’éteindra à jamais, laissant toute notre communauté vulnérable.
Je ne pouvais m’y résigner.
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[[Chapitre I — Cruelle Terre]]
Du plus loin que je me souvienne, notre communauté a toujours cruellement souffert de la terre sur laquelle nos ancêtres ont élu domicile. Tremblements de terre, nuages de souffres, vagues meurtrières et éruptions volcaniques étaient notre quotidien.
Le Phénix, notre gardien, fils bâtard du dieu Girru, était vénéré tel un dieu parmi les miens. S’il possédait en lui une part sombre, avide de destruction, il était à la fois notre protecteur et notre seul espoir de survie en ces terres volcaniques. Ses flammes rendaient fertiles ces terres maudites des dieux, sa présence éloignait les créatures cauchemardesque sortant des profondeurs de la terre, son pouvoir rendait les eaux de la mer entourant les îles impraticable pour tous ceux n’ayant pas reçu sa bénédiction. Pour toutes ces raisons, malgré l’hostilité des terres de nos Ancêtres, notre communauté avait su s’établir, prospérer et vivre dans une paix relative, malgré la malédiction qui pesait sur notre peuple.
Il est dit dans nos annales que nos ancêtres étaient un groupe de pirates ayant arraché à l’Empire Untheran l’un de ses biens les plus précieux, un navire offerts par les dieux, un navire ayant la capacité de voyager à travers la Grande Mer Céleste. Pour cette raison, les pirates auraient alors été maudits par les dieux. Toute terre qu’ils fouleraient leur serait hostile jusqu’à ce que le sang de tous les pirates ait été versé.
Le Phénix avait été offert à notre peuple par Girru lui-même après qu’il eut été évident que les dieux avaient maudits les innocentes lignées de nos ancêtres. Le dieu du feu et de la justice s’était alors élevé contre la sanction réservée à notre peuple pour les erreurs passées de nos aïeux.
La protection du Phénix avait cependant un prix. Au terme de chacun des cycles de sa vie, un mortel, parmi cents choisis par les cendres, devait trouver la Pure Flamme et devenir l’hôte de la créature d’origine divine.
[[Chapitre II — Injustice]]
Je n’étais pas la plus sage des enfants. Comme tous les habitants de l’île, malgré mon jeune âge, je savais reconnaître les signes avant-coureur d’une éruption, qu’il valait mieux se méfier des gros rochers solitaires et suspects et je savait comment réagir en cas de séisme ou de glissement de terrain, mais j’étais assez insouciante pour me balader seule malgré les objections de mes parents.
C’était pendant l’une de ces balades sur les plages de sable noir que j’ai trouvé une étrange barque échouée que je n’avais jamais vu en cet endroit. Le bois de celle-ci était différent de celui trouvé sur cette île et sa construction plus sobre que celle de nos navires. Il était évident que celui à qui appartenait cette barque était d’un autre horizon.
La barque empestait la mort, je n’y vis aucun cadavre justifiant l’odeur, mais une horrible substance huileuse et putréfiée. Il n’était pas rare de voir s’échouer sur nos rives des épaves ravagées par les flots mais ces navires étaient généralement dans un état déplorable lorsqu’ils atteignaient la rive, leurs occupants morts depuis longtemps.
Je fis demi-tour rapidement pour avertir les miens de ma découverte. Les anciens avaient toujours insisté sur l’importance de rapporter ces trouvailles. Chacune de ces embarcations étaient investiguées pour découvrir les raisons qui poussaient les continentaux à braver les dangers de la mer et le pouvoir du Phénix pour s’aventurer près de notre île.
Arrivant aux abords de la ville, j’observai d’autres barques similaires s’alignant le long de la plage, une soudaine crainte me montant à la gorge.
J’entendis des cris d’horreur provenant des habitations en amont de la plage. J’aurais alors dû m’enfuir, courir pour sauver ma peau et avertir les anciens, mais la curiosité et la volonté d’aider quiconque se trouvait dans le besoin avait pris le dessus.
Lorsque j’arrivai près de l’habitation la plus proche, je n’en crus pas mes yeux. Des silhouettes squelettiques animées d’une lueur orangée massacraient les miens à coup de haches et de lames.
Deux silhouettes se tenaient au centre de ce carnage.
Je reconnus l’un d’entre eux, Rhoan était l’un des nôtres, un guerrier qui comme beaucoup d’entre nous avait perdu sa famille lors d’un séisme. Sa fille, Cithli, était l’une de mes amies proches et sa mort m’avait profondément attristée. Mais loin de reprendre sa vie en main malgré ces épreuves, l’homme avait maudit les dieux pour s’être acharné sur lui et s’en était pris au Phénix lui-même, clamant à qui voulait l’entendre qu’il ne pouvait être le fils de la flamme et de la justice alors que sa famille avait été injustement tué par le jugement divin. Il avait fini par quitter la communauté, dégoûté de ne recevoir aucun soutien dans sa folle cause.
L’autre était bien plus sinistre. Vêtue d’une robe rouge sombre, le visage émacié, la femme avait le crâne rasé remplis de tatouages. Elle avait presque l’air d’un cadavre ambulant et toussait de manière régulière. Malgré tout, elle semblait être celle qui commandait ces abomination squelettiques.
Je m’étais cachée pour observer sans être vue. Certains habitants étaient emmenés les uns après les autres devant elle pour être interrogés. Ceux qui résistaient étaient abattus sans autre forme de procès. Elle ne demandait à chacun qu’une seule question:
“Où se trouve le Temple d’Or?”
Le Temple d’Or n’était qu’une légende, nos ancêtres pirates s’étaient installés sur cette île à sa recherche et n’avaient jamais trouvé la moindre preuve de son existence. En presque vingt générations, personne n’avait trouvé cet endroit mythique, mais cette femme ne se satisfaisait pas de cette réponse et exécutait sur le champs tous ceux qui lui répondaient avec honnêteté.
Tapie dans ma cachette, je vis ainsi quatre des miens mourir, sans raison, avant que l’une de ces horreur squelettiques ne se glisse discrètement derrière moi, m’attrapant par le bras et me soulevant de terre d’une poigne ferme.
J’avais beau me débattre, mais ainsi pendue par le poignet, je n’avais aucun appui pour m’aider à lutter contre la force surprenante de cette créature. De taille adulte, la créature me dominait par sa seule taille et je ne pus l’empêcher de me mener face à cette sorcière en rouge.
Elle était encore plus horrible à regarder de face. Je n’avais jamais vu quelqu’un de si pâle. La mort guettait cette femme. La maladie rongeait ses traits et son teint était presque aussi livide que les os de ses abominations. Poser le regard sur elle provoqua en moi un profond malaise, un dégoût si intense qu’il m’en fit oublier la situation mortelle dans laquelle je me trouvais.
— Qu’avons-nous donc là, Rhoan? Une sale gosse ou une gamine intelligente? Quel est ton nom, gamine?
Sa voix me glaçait le sang. Son halène fétide me donnait la nausée. Son regard impérieux et suffisant me dégoûtait. Tout en elle me criait de ne pas coopérer. Devant mon silence, l’homme à ses côtés répondit à ma place.
Solaire était une amie de ma fille. Ensembles, elles jouaient souvent inconsciemment dans les cavernes de la montagne. Elles revenaient de leurs escapades les mains pleines de paillettes d’or. Elle sait où chercher le Temple.
J’osai relever la tête vers Rhoan, lisant l’espace d’un instant une pointe de regret dans son regard, qu’il dissimula rapidement derrière un masque de détermination.
Quoi qu’était son intention, ce qu’il avait affirmé à la sinistre sorcière n’était rien de plus qu’un mensonge. S’il était vrai que j’étais imprudente, je n’avais jamais osé m’aventurer sur le volcan et je ne savais pas où se trouvait ce Temple.
Même cette histoire de paillettes était fausse. On revenait pleine de terre, de saleté, peut-être même de suie parfois, mais jamais d’or. Qu’espérait-il? Que je les conduise au Temple alors même que je n’avais aucune idée de son emplacement?
Je sentais la sorcière porter son regard dégoûtant sur moi d’un intérêt grandissant. Face à elle, je me sentais impuissante. J’avais l’impression que l’air autour d’elle était saturé, si bien que ça me prenait aux tripes. Je me sentais écrasée intérieurement par sa présence.
Rassemblant mes forces, j’exprimai tout mon dégoût pour elle de la seule façon que j’avais à disposition, lui crachant au visage. La réaction de l’horreur squelettique me maintenant pendue en l’air ne se fit pas attendre, celle-ci fendant l’air de sa lame, l’abattant sur mon bras gauche tendu. La douleur me coupa le souffle… et le monde s’emplit de noir…
[[Chapitre III — Sacrifice]]
“Tout ça va beaucoup trop loin, pardonne-moi. Je ne voulais pas que tu sois impliquée. Joue le jeu jusqu’au bout, Solaire. C’est notre seule chance de survie à tous les deux.”
J’avais repris conscience quelques heures plus tard, Rhoan veillant sur moi. La douleur m’ayant fait perdre conscience s’était totalement évanouïe et avec elle toute les sensations de mon bras gauche. Contrairement à mes craintes initiales, à mon réveil, mon bras était toujours bel et bien présent et j’arrivais à le bouger, mais…
…rafistolé était le terme exact que j’emploierais pour le décrire.
Il était, pour ainsi dire, recousu. Je ne ressentais rien, ni douleur, ni la texture des objets, ni le vent sur ma peau, ni la brûlure de la chaleur alors que nous entamions l’ascension du volcan. La seule sensation que je ressentais provenant de mon bras était la même sensation malaisante que celle ressentie lorsque la sorcière s’approchait de moi. Il n’y avait aucun doute, si j’avais toujours un bras, c’était de son fait, mais ce n’était certainement pas par bonté de coeur.
Je jouai le rôle que Rhoan m’avait imposé, guidant la sorcière et son escorte macabre à travers la forêt, puis les plateaux remplis de crevasses au pied de la montagne. J’ignorais volontairement toutes les règles de sécurité que nous repettaient constamment nos parents. Ces terres n’étaient pas notre territoire. Elles pullulaient d’élémentaires de terre et de créatures hostiles voulant la peau de tout humain tentant l’ascension du volcan. Seuls le Phénix et ses guerriers les plus fidèles pénétraient ces terres pour repousser les créatures lorsqu’elles devenaient trop ambitieuses.
J’avais gardé cette information pour moi, et j’espérais que Rhoan comprendrait mon plan. Décidément cette sorcière n’était pas familière des lieux ni de ses menaces. Je comptais bien faire le plus d’erreurs possible pour attirer ces monstres jusqu’à nous, profiter de la distraction pour me pousser en douce et la laisser à son triste sort.
“Qu’est-ce que tu fais…?” M’avait-il apostrophé, m’attrapant par le bras alors que je m’apprêtait à sauter sur un rocher particulièrement douteux, reprenant sur un ton beaucoup plus discret. “Tu veux nous tuer… ou q…?”
Il avait compris, me faisant signe de poursuivre du regard, avant de faire mine de m’intimer la prudence.
Sur leurs terres, les élémentaires étaient vicieux. La terre était patiente, laissant ses proies s’aventurer très loin dans leur territoire avant de refermer le piège sur ceux qui s’y risquaient, agissant telle une conscience commune. Ces histoires étaient connus de tous au sein de notre communauté, rapportés par les guerriers de la flamme, pour que nul ne risque sa peau bêtement. Mais aujourd’hui, je faisais tout l’inverse de leurs mises en garde et malgré le sérieux et la gravité de la situation, j’avoue avoir pris un vilain plaisir à transgresser toutes les règles.
Évitez les rochers suspects et solitaires…
Marchez au pas le plus feutré possible…
Ne laissez jamais tomber de rochers dans une crevasse…
Les élémentaires ont été patients, très patients, mais ne m’ont pas déçue. Alors que nous nous engagions dans une large et profonde crevasse où l’odeur de souffre était omniprésente, des bruits de rochers s’entre-choquant nous parvint. Rhoan fit mine de s’armer, alors que je me glissait derrière lui.
La sorcière fût surprise de voir un énorme bloc de pierre écraser l’une de ses abominations squelettiques. En l’espace de quelques secondes, les parois de la crevasse grouillaient de petites créatures de pierre déferlant dans notre direction. Alors que la sorcière réagissait prestement à l’aide de magie, hurlant des ordres à ses serviteurs nécromantiques, je profitai du chaos pour m’éclipser.
Rhoan prit les devants, écartant à coup d’épée les créatures de son chemin. Une simple lame ne pouvait les endommager, mais ces créatures étaient plus lentes que nous ne pouvions l’être. Cependant, une fois qu’elles vous prenait en chasse, elle ne vous lâchaient plus.
Le guerrier ouvrit la voie, réussissant à traverser le flot de créatures, mais alors que je me lançais à sa suite, je fus brutalement retenue, dans ma course, sentant mon épaule gauche se disloquer alors que mes pieds quittaient le sol dans l’élan. Mon bras s’était subitement arrêté dans l’espace, comme retenu par une main invisible à la force d’acier.
Tu n’iras nul part, petite peste!
J’avais sous-estimé cette femme. Non seulement, elle me retenait de partir, mais elle et ses serviteurs squelettiques prenaient lentement le dessus sur les élémentaires. J’étais piégée et j’allais bientôt subir la colère de cette femme, dès lors qu’elle aurait écarté la menace, si les élémentaires qui commençaient à dangereusement m’entourer ne me massacraient pas avant.
C’est alors que j’apperçu une lueur à travers le nuage de souffre. Quelque chose de lumineux venait de passer à toute vitesse au-dessus de la crevasse. Le chaos des sorts et des abominations affrontant les créatures de pierre continua un instant pendant lequel mon coeur s’était arrêté de battre, comme s’il était dans l’anticipation d’un moment clef de ma vie.
Alors je vis le Phénix plonger depuis le ciel, ses ailes flamboyantes fendant l’air dans ma direction avant qu’il ne s’écrase sur sa proie dans une gerbe de flamme.
Reprenant forme humaine, le phénix trancha les élémentaires me menaçant de sa lame flamboyante, cette dernière découpant la pierre comme du beurre.
Les uns après les autres, les fidèles guerriers du Phénix firent leur entrée dans une gerbe de flamme, se lançant dans la mêlée avec les élémentaire et les horreurs squelettiques, alors que le Phénix s’élançait sur la Sorcière avec hargne, décidé à rendre justice pour toutes ses victimes.
Toujours incapable de bouger, retenue par la magie de la sorcière, je fus témoin de tout ce chaos. Les évènements s’enchaînaient dans un escalade effrayant. La sorcière fit appel à de puissants sorts pour combattre le phénix qui la prenait d’assaut à l’aide de sorts et de sa lame de pures flammes. Les guerriers de la flamme couvraient le phénix assurant que les serviteurs nécromantiques ne perturbe pas son duel, alors que les élémentaires lançaient un second assaut plus imposant que le précédent.
Dans la crevasse, c’était le chaos, mais j’entendais un chaos similaire provenir d’au-dessus de nous. De nombreux guerriers devaient se battre à la surface contre d’autres élémentaires. Si l’espace d’un instant j’avais douté de pouvoir m’en sortir, maintenant j’étais certaine d’être sauvée.
Puis… un puissant flash de lumière verte… et la crevasse se fit soudain silencieuse, sous le choc. Avant que je ne comprenne ce qu’il s’était passé, un second flash de lumière orangée… et le souffle violent d’une explosion me faisant perdre conscience une seconde fois.
[[Chapitre IV — Devoir]]
Cela faisait huit ans, mais aujourd’hui encore je rêve de ce jour. Je faisais régulièrement d’horribles cauchemars à propos de cette femme, comme si elle était toujours là à me hanter.
Cette sorcière n’était plus, elle avait périt dans l’explosion. Mais il m’arrivait parfois de ressentir cet étrange frisson de malaise en posant le regard sur ma main gauche, comme si une partie de son essence vivait toujours quelque part en moi. Mais les anciens m’avaient assuré que ce n’était pas le cas, qu’une telle magie aurait dû disparaître à sa mort. Le traumatisme devait toujours être si profond que j’imaginais sans peine son essence tel que je l’avais ressentis dans mes souvenirs. Cauchemarder régulièrement à son propos gardait ce souvenir frais dans ma mémoire.
Après cette explosion, je m’étais éveillée en ville, dans les baraquement de pierre des Guerriers de la Flamme. J’avais été l’une des dernières à reprendre conscience, gravement brûlée. À mon réveil, j’étais confuse, mais je n’étais visiblement pas la seule à l’être. Répondre à MES interrogations ne semblait être la priorité d’aucune personne présente dans le baraquement.
C’est soudain devenu une priorité lors qu’après deux jours à demander des réponses, j’avais spontanément pris feu en perdant patience. C’est alors qu’on m’expliqua que comme nombre de guerriers présents lors de cette bataille, j’étais devenue une Cendrée dans cette explosion. En tant que tel, je devais rester au baraquement le temps de m’habituer à cette nouvelle vie sans quoi j’allais vite devenir un danger pour mes proches.
Je guéris de mes brûlures, à l’exception de mon bras gauche qui avait gardé un aspect partiellement calciné. Si j’arrivais toujours à le bouger, les sensations dans mon bras étaient toujours absentes. J’ai appris à vivre avec, mais je restais assez gauche. J’avais très peu d’égard pour son état et avais une fâcheuse tendance à me blesser avec, n’hésitant pas à m’en servir de bouclier de dernier recours.
J’étais peut-être une Cendrée, mais les autres se refusaient de me voir comme tel. De coutume, les Cendrés étaient choisis parmi les meilleurs guerriers de notre communauté et nombre d’entre eux jugeaient que je n’avais pas le mérite nécessaire pour l’être.
Par principe mais sans conviction de leur part, j’avais suivi un entraînement martial et magique. Personne ne s’attendait à quoi que ce soit de ma part, mais tous semblaient certains que je n’étais qu’un choix gâché par le Phénix. Certains guerriers avaient péri lors de l’explosion et certains considérait même que j’avais injustement pris leur place.
Le Phénix avait été tué si soudainement dans cette bataille que je croyais aussi qu’il n’avait pas particulièrement choisi ceux qui recevraient son essence. Rhoan n’avait jamais refait surface et lors du premier décompte, ils étaient 98 Cendrés, j’étais la 99ème. Je suspectais Rhoan d’être le dernier et considérant leur passif, il y avait peu de chance qu’il ait été consciemment choisi par le Phénix.
Mais quoi que j’en penses, j’avais un devoir à remplir…
* * *
À l’aube de mes dix-sept ans, j’avais quitté l’île par mes propres moyens, à l’insu des autres Cendrés, rejoignant le continent à bord d’un navire marchand. J’avais débarqué à Veltalar, capitale d’Aglarond. Menée par la Simbul, la ville était réputée pour ses connaissances approfondies de la magie. C’est là-bas que j’entendis parler d’un monde dominé par les Dragons.
S’il y avait un endroit où je trouverai une Pure Flamme, c’était sans doute là…
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